Dès l’annonce de la fermeture des écoles, des établissements scolaires et universitaires et des services, le 14 mars 2020, l’organisation du travail de tous les agents du système éducatif a été brusquement bouleversée. Du jour au lendemain, la quasi totalité des personnels se sont trouvés dans l’obligation de travailler à distance dans des conditions matérielles rarement adaptées et selon des modalités jamais anticipées.

Le Sgen-CFDT a tenu à donner la parole aux agent·e·s pour qu’il·elle·s témoignent de leur vécu pendant la crise et pour que chacun·e sache que son expérience personnelle n’est ni isolée ni ordinaire.

Les nombreux témoignages recueillis par les militant·e·s du Sgen-CFDT nous ont permis pendant toute la période de rappeler les réalités du terrain aux ministres et à leurs services. Lorsque la crise sera passée, nous saurons nous appuyer sur les enseignements de cette période pour construire des revendications nouvelles afin que les employeurs publics reconnaissent les difficultés rencontrées et l’engagement professionnel de tous les agent·e·s.

Clés de compréhension

  • Témoignages des personnels de l'Enseignement supérieur et des Crous
  • Premier bilan : les réalités du quotidien pendant le confinement

 

Les témoignages des agents

Enseignement supérieurTravail au temps du confinement - monde de l'éducation

Ferroudja Allouache donne à voir l’isolement des étudiant·e·s, la surcharge de travail pour compenser l’éloignement, le vécu d’un  temps hors-norme.

Cette période exceptionnelle de confinement a modifié tous nos repères professionnels. Comment réussir à continuer l’activité et les services rendus au public tout en étant chez soi. Anne, Bibliothécaire Assistante Spécialisée, témoigne.

La filière des personnels des bibliothèques se mobilise pour répondre aux besoins du public : étudiants, enseignants, chercheurs… Des initiatives émergent dans les universités alors même que les personnels ne disposent pas tous du matériel nécessaire.

Avec le confinement, les agents du CROUS d’Aix-Marseille Avignon font rimer professionnalisme et solidarité pour assurer au mieux l’accueil des étudiant·es. Témoignage de Sylvie Muller, agent d’entretien à la Cité Alice Chatenoud et représentante du Sgen-CFDT.

Chargée d’aider à l’organisation des colloques et journées d’études, Fatima Zénati témoigne de ses conditions de travail et de ses engagements militants Sgen-CFDT en ces temps de confinement

Pour Pierre-Antoine Dessaux,  le confinement est l’occasion, notamment, de tester la capacité de l’université à enseigner à distance. Une rencontre avec le réel qui permet de poser des limites et d’avancer des préconisations.

Youssef Ettaï conjugue confinement et cohésion d’équipe, capacité d’innover et souci de continuer à servir les usagers. Son engagement militant Sgen-CFDT est une façon de réaffirmer ces valeurs.

 

Les réalités du quotidien pendant la crise sanitaire

 

Urgence et tâtonnement : une période de stress, de fatigue et de remise en question…

Les personnels ont presque tous commencé la période par une phase de stress et d’activité intense (au risque de s’épuiser) pour  tenter de répondre au discours ministériel fixant un objectif bien trop ambitieux et prétendant que « tout était prêt ». On a voulu faire croire à l’opinion que les élèves pourraient faire à la maison tout ce qu’ils font habituellement à l’École ou presque. La réalité était toute autre…

Les conditions et modalités de travail ont été brutalement bouleversées et marquées par l’isolement, la peur pour soi et ses proches, la difficultés à articuler vie professionnelle et vie de famille désormais étroitement imbriquées pour beaucoup.

Les problèmes techniques et la capacité variable à maitriser des outils numériques, soudain devenus indispensables, ont plongé beaucoup de collègues dans le désarroi. Difficile aussi de faire face à l’urgence avec un matériel personnel, pas toujours adapté, et souvent partagé avec le reste de la famille.

Il a fallu trouver une nouvelle manière de gérer son temps, adapter les contenus et les supports, se familiariser dans l’urgence avec certains outils, multiplier les initiatives pour maintenir le lien avec les élèves et les familles. Il a fallu chercher des solutions innovantes en tâtonnant et faire le deuil de certaines pratiques et objectifs car l’École à la maison ce n’est pas l’École.

 

De la continuité pédagogique à la continuité éducative…

Passée cette première phase, chacun·e a bien compris qu’il fallait revoir ses ambitions pour ne pas mettre les élèves et leurs familles en difficulté.  De fait, il a fallu passer progressivement de l’ambitieuse continuité pédagogique à une continuité éducative qui permette de limiter le nombre des élèves « décrochés » avec en appui principal le travail opiniâtre mais déterminant des CPE.

 

Faire pour le mieux avec les moyens du bord

La période est révélatrice des limites et des illusions du système soudainement mises en lumière.

Faible équipement matériel des élèves voire des personnels, difficultés d’accès aux réseaux, défaut de maitrise des outils et des usages du numérique, manque de formation : la fracture numérique et les inégalités qu’elle génère et renforce s’illustre soudainement par l’hétérogénéité des situations.

 

Un engagement professionnel fort au service de l’intérêt général

Tous les personnels, quel que soit leur place dans le système ont fait preuve de leur efficacité, de leur conscience professionnelle et et de leur capacité à s’adapter…. Qui pour permettre d’accompagner les élèves et les étudiants, qui pour leur éviter de décrocher, qui pour organiser le travail à distance et maintenir la cohésion des équipes, qui pour assurer la continuité administrative notamment pour permettre la poursuite des opération de ressources humaines et ne pas hypothéquer la rentrée 2020.

 

Un nouveau défi à relever…

Alors que tout le monde avait réussi à reconstruire tant bien que mal une organisation cohérente et respectueuse de chacun·e, un nouveau challenge se profile avec l’annonce de la réouverture des écoles et des établissements. Les conditions de cette reprise s’annoncent au moins aussi complexes sur le plan pédagogique avec en prime l’anxiété de la sécurité sanitaire…

Une année scolaire décidément hors norme qui prouve, s’il en était besoin, que tous les métiers du monde de l’éducation sont essentiels et complémentaires. Bien que cela ne soit pas toujours reconnu à sa juste valeur, le fonctionnement de notre système éducatif repose depuis toujours sur le professionnalisme de tous les agents et sur leur capacité d’adaptation.

 

Tirer les leçons de la période…

Reste à savoir si l’État saura tirer tous les enseignements de la période.

Il faudra mieux tenir compte de la complémentarité des personnels et des services en cessant de dégrader leurs conditions de travail et leur organisation au gré des choix budgétaires ; reconnaitre leur engagement et leurs compétences notamment sur le plan financier ;  leur donner plus d’autonomie pour s’organiser et non plus vouloir tout imposer et contrôler par des injonctions qui les empêchent de prendre les initiatives qui peuvent répondre aux réalités de leur territoire, de leur service et des usagers.

 

Notre engagement

Le Sgen-CFDT veillera à ce que les leçons de la période soient retenues, que l’engagement des agents soit reconnu et que leur besoin d’autonomie soit enfin satisfait. Nous saurons faire de cette expérience une force pour construire des revendications nouvelles et les porter auprès de tous les employeurs publics de nos champs professionnels.

Tous les entretiens rassemblés dans ce dossier témoignent des difficultés rencontrées par les agents, de leur engagement professionnel sans faille et de leur capacité à s’adapter à un contexte inédit. Un contexte qui met en lumière des limites et  des travers de notre système éducatif souvent dénoncés depuis longtemps par le Sgen-CFDT.