Grand débat national : Un espace d’expression à investir syndicalement

La CFDT alerte de longue date sur le mal-être social, l’injustice fiscale, le pouvoir d’achat et les inégalités territoriales. Depuis le début de la « crise des gilets jaunes », nous appelons au dialogue et à la construction de solutions concrètes.

Le gouvernement a annoncé le lancement d’un débat national qui a débuté le 15 janvier 2019 et qui prendra notamment la forme de débats territoriaux jusqu’au 15 mars.

Ces débats ne seront pas à eux-seuls la réponse à la crise actuelle mais ils peuvent permettre l’expression des citoyens et constituer autant de moments de démocratie participative que la CFDT appelle à renforcer depuis plusieurs années. Sans préjuger des conclusions que pourront tirer de ces moments d’échanges le président de la République et le gouvernement, nous vous invitons à participer aux débats organisés sur vos territoires.

Dans les territoires comme dans les lieux de travail, la CFDT invite militants, adhérents et sympathisants à participer au débat et y pousser leurs propositions. De nombreux outils sont d’ores et déjà disponibles.

« Transformer les colères en solutions », écrivait Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français censée dessiner les contours du grand débat national. Lancé le 15 janvier devant 600 maires de l’Eure, cet exercice de démocratie participative à grande échelle se traduit, sur le terrain, par une multitude de réunions citoyennes sur tout le territoire. Une semaine après son lancement, la plateforme legranddébat.fr recensait plus de 690 événements. Alors que l’exécutif mise sur les élus locaux et les parlementaires de la majorité pour organiser les débats, d’autres acteurs sont prêts à s’y investir. À commencer par une partie de cette société civile si souvent malmenée au cours des derniers mois. « En choisissant de mettre de côté les corps intermédiaires, Emmanuel Macron s’est privé de ces capteurs de la société. Les syndicats, les associations et les élus locaux sont pourtant implantés dans les territoires et observent tous les jours les difficultés des Français », rappelait la CFDT, qui compte bien investir cet espace démocratique à différents niveaux. « En tant que citoyens, les adhérents et les militants ont toute légitimité à y participer », estime la secrétaire générale adjointe Marylise Léon. Pour alimenter la réflexion des participants, un support revendicatif décliné en cinq fiches pratiques est proposé. Il reprend les quatre thèmes du grand débat (fiscalité, transition écologique, services publics et organisation de l’État, démocratie et citoyenneté), auxquels la CFDT a souhaité ajouter un grand absent : le pouvoir d’achat.

Les unions régionales CFDT à la manœuvre

Également en ligne, un kit d’animation destiné à tous ceux qui voudront organiser ou coorganiser un débat avec d’autres. Et déjà, les unions régionales interprofessionnelles et les unions départementales sont à la manœuvre. Dans le Maine-et-Loire, quatre réunions seront organisées par la CFDT à Cholet (24 janvier), Angers (4 février), Saumur (28 janvier) et Segré (28 février). En Occitanie, l’URI a choisi de remodeler les « rencontres de proximité » organisées depuis un an à destination des adhérents et militants sur les bassins de vie. « L’idée n’est pas tant la proximité géographique que celle des centres d’intérêt et de ce que vivent les gens au quotidien », précise Grégory Martin, son secrétaire général. Plus au nord, le Syndicat CFDT Interco 56 vient d’adresser une lettre ouverte à l’Association des maires et des présidents d’EPCI du Morbihan pour demander l’ouverture de discussions axées sur le service public local. « Une première réunion citoyenne est prévue début février à Arzon, précise son secrétaire général, Jacky Meslin. Dans l’éventualité où trop peu de réunions auraient lieu d’ici à la mi-février, nous envisageons de solliciter l’UD 56 pour organiser, avec l’aide d’associations d’utilité publique, un débat sur le rôle de l’État et les services publics. » En parallèle, le syndicat organise le 1er février un atelier préparatoire à Vannes avec l’ensemble des militants et adhérents CFDT qui voudront s’exprimer dans les débats au nom des agents publics.

Réintroduire du débat sur les lieux de travail

« Notre légitimité, nous la tirons d’abord du terrain, de nos militants. Il nous faut profiter de ce moment pour remettre de l’expression collective sur les lieux de travail », poursuit Marylise Léon. À cette fin, la CFDT propose de mettre à la disposition des travailleurs des cahiers d’expression dans les entreprises et les administrations, et d’organiser d’ici à la mi-mars des débats ou assemblées générales avec les militants de section. Chez Disneyland Paris, la CFDT a choisi de s’appuyer sur ses 80 élus et délégués syndicaux afin de faire remonter les revendications des salariés, dont beaucoup se sentent concernés. « Dans les discussions, la fiscalité et la redistribution des richesses reviennent sans cesse. Notre action syndicale ne s’arrête pas à la négociation d’une prime exceptionnelle*. Nous sommes parfaitement dans notre rôle en faisant remonter ce que veulent les salariés en matière de pouvoir d’achat », explique la déléguée syndicale centrale Djamila Ouaz. Pour Marylise Léon, « réintroduire le débat sur les lieux de travail, c’est aussi une manière de responsabiliser les employeurs dans la période. Car si certains passent sous les radars actuellement, c’est bien eux ! ».

Des propositions qui nous concernent dans le Sup et la Recherche

Dans les fiches de propositions CFDT, on trouve des éléments qui peuvent être mis en avant dans le cadre de nos discussions avec nos établissements d’Enseignement supérieur et de Recherche publique :

Limiter les écarts de rémunérations dans les entreprises
La transparence des informations n’a de sens que si elle sert un objectif de justice sociale dans la répartition des richesses de l’entreprise. Il faut donc rendre obligatoire une limitation des écarts de rémunération.
Nous agissons pour que les systèmes de primes soient justes et transparents, au niveau local comme au niveau national.

Limiter les recours abusifs aux contrats courts et précaires
Il faut responsabiliser les entreprises pour limiter les recours abusifs aux contrats très courts en instaurant par exemple un bonus-malus, en sécurisant les parcours de vie et professionnels des personnes qui les subissent.
À Grenoble, nous agissons pour la sécurisation des parcours professionnels, avec un focus sur les CDD sur projet.

Plans de déplacement
Négocier des plans de déplacement d’entreprise, et s’il n’y en a pas, rendre la prime de transport obligatoire.

Démocratie participative
Inciter à construire les choix politiques avec les personnes chargées de leur mise en œuvre (salariés, agents publics, associations,…) et avec les usagers.
Généraliser les espaces d’expression des travailleurs
Les élus de la CFDT appuient depuis de nombreuses années le développement d’espaces d’expression des travailleurs, car ils sont les mieux placés pour parler de leur travail. Il faut obtenir un droit d’intervention pour les travailleurs sur les transformations de leur travail (cadences, évolution des tâches, conditions de travail).
La prise en compte de l’expertise des agents de l’université pour ses transformations et ses missions est un travail de fond de notre syndicalisme.

Au plan national, pour la Fonction publique, la CFDT porte aussi des revendications qui nous concernent directement :

Améliorer le pouvoir d’achat des agents publics
Il faut revaloriser le point d’indice ou l’attribution de points supplémentaires pour les 5,2 millions d’agents publics.
Signer en ligne la pétition pour appuyer la demande de revalorisation des traitements.

Protection sociale des agents publics
Les employeurs publics doivent participer au même titre que les employeurs privés au financement de la protection sociale complémentaire de leurs agents.
Lire en ligne : la CFDT Fonctions publiques écrit au Ministre.

Ce qu’en attend la CFDT

Sur le pouvoir d’achat, la CFDT souhaite également, avec l’appui des fédérations, mener une campagne sur les salaires dans le cadre des négociations annuelles obligatoires. Et dans ce domaine, Apple pourrait bien avoir ouvert la voie. La section CFDT cherchait « quelque chose de plus pérenne qu’une prime sur le pouvoir d’achat ». Au terme des discussions, la direction a annoncé une augmentation annuelle des salaires de 750 euros pour tous les employés, exception faite des managers, ainsi que l’arrêt de l’indexation d’une prime faisant office de treizième mois sur le temps de présence, très désavantageux pour les femmes en congé maternité et les salariés en arrêt maladie.

Qu’adviendra-t-il à l’issue des débats ? C’est bien là tout l’enjeu de ce rendez-vous démocratique. Car si un tiers des Français compte y prendre part, beaucoup sont sceptiques quant à son utilité. Depuis la fin novembre, la CFDT appelle à un « Grenelle du pouvoir de vivre » réunissant associations, mouvements de jeunesse, organisations syndicales et patronales à l’issue du grand débat. Objectif : construire, avec d’autres, des solutions concrètes porteuses de plus de justice sociale. Marylise Léon l’a rappelé : « Si le gouvernement reste dans une position très verticale en décidant seul ce qui peut ou ne peut pas être appliqué, ce sera un échec. »